Les dessous du rapport entre les drones maliens et le Makhzen

L’Observatoire Atlas de la défense et de l’armement, a publié sur la plateforme X une information relayée par la télévision officielle du Mali, selon laquelle des unités de l’armée malienne suivent une formation militaire intensive au Maroc. La vidéo diffusée par la chaîne malienne ORTM1 a indiqué que 165 soldats maliens ont reçu un entraînement au sein de la 2e brigade d’infanterie parachutiste des Forces Armées Royales marocaines, comprenant des exercices de parachutisme et de débarquement aérien. Une seconde vague, composée de 500 soldats supplémentaires, est également attendue dans les centres de formation marocains.
L’entraînement couvre aussi l’utilisation optimale des drones, dans le cadre de l’aide militaire fournie par le Maroc aux armées des pays du Sahel afin de leur permettre de sécuriser leurs frontières et leur territoire.
Ce qui attire l’attention, c’est que les militaires maliens en charge de piloter les drones armés maliens reçoivent leur formation au sein des forces armées marocaines, ce qui pose la question du risque que ces drones s’introduisent sur le territoire algérien. Il n’est pas exclu qu’ils soient utilisés à des fins autres que celles annoncées officiellement par les autorités maliennes.
Cette inquiétude est d’autant plus fondée si l’on prend en considération le renforcement croissant de la coopération militaire entre le Maroc et l’entité sioniste depuis la normalisation de leurs relations en décembre 2020, sous médiation américaine. L’Algérie ne peut rester passive face à l’intrusion de drones étrangers armés dans son espace aérien, même d’un simple mètre, sans qu’ils ne soient immédiatement et totalement neutralisés par les unités spécialisées de l’Armée Nationale Populaire.
Il est utile de rappeler que le Maroc et l’entité sioniste ont décidé d’élargir leur coopération militaire pour inclure les domaines du renseignement, de la défense aérienne et de la guerre électronique, notamment via des drones. Ils ont même signé un accord de coopération militaire prévoyant une alliance dans la production d’armes et de drones au Maroc. Dès lors, il n’est pas exclu que le Maroc et l’entité sioniste utilisent les drones maliens à des fins d’espionnage, de collecte de renseignements ou même pour des opérations militaires. Cela constitue une menace directe sur la sécurité nationale algérienne, ce qui exige une réaction ferme et immédiate.
Pour rappel, un camion algérien avait été ciblé en janvier 2023 par une frappe de drone marocain sur la route reliant Tindouf à Zouerate. Selon des sources sécuritaires, l’attaque a fait deux morts. C’était le troisième incident de ce genre, visant des camions algériens se dirigeant vers la Mauritanie. En avril 2022, l’Algérie avait accusé l’armée de l’air marocaine d’avoir mené une frappe sur un rassemblement de commerçants et de camions dans la région d’Aïn Ben Tili, au nord de la Mauritanie. Le ministère algérien des Affaires étrangères avait affirmé que l’attaque avait causé la mort de citoyens algériens, qualifiant l’action de « d’opérations d’assassinats ciblés par des armes de guerre sophistiquées commis par le Maroc en dehors de ses frontières internationalement reconnues ».
L’attaque la plus marquante avait eu lieu le 1er novembre 2021, causant la mort de trois chauffeurs algériens dans une zone contrôlée par le Front Polisario, suite à une frappe de drone marocain. Les autorités algériennes avaient dénoncé le choix délibérément symbolique de la date, coïncidant avec les célébrations de la Révolution algérienne, et promis de réagir.
Ces évènements tragiques témoignent d’un comportement agressif délibéré de la part du régime marocain, et il ne faut absolument pas permettre que les drones maliens suivent la même trajectoire, car l’Algérie n’aurait alors d’autre choix que de répondre militairement avec tous ses moyens de défense pour protéger sa souveraineté.
Dans ce même esprit sécuritaire, l’Algérie a pris, en septembre 2021, la décision souveraine de fermer son espace aérien au Maroc, un pas révélateur de la détérioration croissante des relations bilatérales. Le gouvernement algérien avait annoncé que la décision s’appliquait à tous les avions civils et militaires et entrait en vigueur immédiatement, accusant le Maroc de multiples provocations et actions hostiles.
Bien entendu, le Mali est en droit de se doter des équipements militaires qu’il juge nécessaires à sa sécurité, y compris des drones armés, et de former ses soldats dans les pays de son choix. Toutefois, cela ne doit jamais se faire au détriment du respect de la souveraineté et de la sécurité de ses voisins, en particulier d’un pays comme l’Algérie, qui a toujours soutenu la stabilité régionale et la coopération.